Parc National Tanjung Puting

À l’aéroport de Banjarmasin, situé dans la plus grande des trois provinces bornéenne, le Kalimantan, les tours opérateurs se sont déjà répartis tout les futurs clients. Ils savent que vous venez pour eux, et vous savez qu’ils sont là pour vous, pleins de ressources pour vous contraindre à accepter leurs offres.

C’est que pour atteindre les célèbres centre de recherche et de réhabilitation pour orangs-outangs du parc national Tanjung Puting, il faut avoir un bateau. Tout les coups sont permis pour les heureux propriétaires des klotoks qui ne manquent pas d’originalité pour mettre au point de nouvelles ruses. De complexes alliances existent d’ailleurs entre eux afin de s’assurer le maximum de profit.

Après quelques coups montés des tenanciers de bateaux pour détourner mon taxi et m’empêcher de séjourner dans un autre hôtel que celui avec lequel ils font affaire, je comprends que la tâche sera ardue. Peu importe à qui je demande des informations, on me réfère systématiquement aux mêmes agences. Une femme au hidjab rouge, d’apparence assez jeune et moderne, m’avoue même sans aucune gêne m’avoir suivie à toute vitesse en hélant une moto-taxi depuis l’aéroport. C’est «la chasse aux touristes», m’annonce t-elle triomphalement…

Quelque peu à bout de ressources j’accepte l’offre de cette même femme – pour l’effort – de me conduire à son tout nouvel hôtel à Kumai en fin de journée, ville ou s’effectuent les départs pour le parc national. Je me dit que rien ne m’empêche encore de m’éclipser dans la nature si jamais je trouvais mieux entre temps. La jeune femme m’indique l’hôtel de son ami ou je peux apparemment laisser mon sac en toute sécurité et qui constitue également notre lieu de rencontre pour le soir même. Quelques minutes plus tard, un homme accompagné de sa fille vient m’offrir ses services de location de klotoks. Il s’avérera être le mari de cette femme. Quel travail d’équipe !

Il faut bien négocier son tour. Les prix varient en fonction du nombre de nuit que l’on prévois passer dans le parc, de la grosseur et du confort du bateau choisi ainsi que des tours guidés additionnels. En général il faut prévoir entre 250 et 300 dollars pour deux personnes, trois nuits, guide et nourriture incluse.

Photo: Eve-Lynn Bélanger/ Des klotoks un peu plus haut de gamme photographiés depuis le notre qui est en tout similaire excepté pour la grosseur.

Le départ est fixé au lendemain matin. Le jour « J » je fais la rencontre du sympathique petit équipage constitué de la cuisinière, de deux adolescents et du guide. Le café est servi puis le bonheur s’installe en moi au fur et à mesure que le klotok coule vers la foret tropicale humide, les marécages et les mangroves.

Photo: Eve-Lynn Bélanger

Dès le premier arrêt, les orangs-outangs viennent nous souhaiter la bienvenue, allant même jusqu’à sauter à l’intérieur du bateau de nos voisins. Une périlleuse marche à travers la jungle s’amorce ensuite avec mon théâtral et si attachant guide qui met tout son cœur à transformer le petit chemin balisé d’à peine un kilomètre en vrai parcours du combattant. Devant une petite couleuvre, il adopte la position d’un ninja prêt à frapper à tout moment. Un cobra de dix mètres n’aurait pas fait plus d’effet. Je joue le jeu, puis nous cheminons sur le sentier tels de vrais Indiana Jones en mission. Je dois tout de même mentionner qu’une fourmis rouge a réussie à atteindre mon pied, malgré toutes les précautions de mon guide. La douleur est comparable à celle d’une piqûre d’abeille, mais heureusement mon accompagnateur, paré à toutes éventualités, a un petit onguent sous la main.

Le premier camp n’est en fait qu’une simple plateforme où un jeune bénévole vient déposer des bananes et « appeler » les «hommes de la foret», signification du terme malais orang-outang. Apparaissent ensuite les jeunes mâles, suivis des femelles. Le moment est précieux. Je prends respectueusement quelques photos devant ces derniers représentants d’une espèce portée à disparaître…

Après avoir largué les amarres pour la nuit puis installé un matelas et un moustiquaire sur le sol du bateau, l’un des garçons savoure le reste de sa soirée sur le pont, cigarette à la bouche et guitare sur le ventre. Se mêlent à ses notes les derniers chants des oiseaux, des singes, puis débute la cacophonie des grillons et autres insectes. À la lueur des chandelles, j’en profites pour faire quelques croquis avant de m’endormir.

Au petit matin, le son de l’eau que la cuisinière déverse de son sceau dans la rivière pour se laver me réveille doucement. S’apercevant de ma présence, elle m’offre le déjeuner accompagné d’un chaleureux sourire qui comble sans malaises les silences que la barrière de la langue oblige. La nourriture est de loin meilleure que celle que je retrouves habituellement dans les warungs (modestes petits restaurants ou cafés) aux abords de la route.

Puis c’est reparti pour une nouvelle excursion emplie de promesse d’aventures avec mon guide qui m’offre une sortie en jungle pour repérer une panoplie d’animaux sauvages. Rythmée par ses exclamations de surprises face à un champignon qu’il a déjà probablement vu mille fois auparavant, je découvre une flore pour le moins fascinante…

Photo: Sébastien Harbec
Photo: Sébastien Harbec

Au final nous ne verrons que quelques araignées, mais compte tenu de la prestation divertissante de mon guide, je ne suis pas déçue.

Au deuxième camp, l’extrêmement imposant mâle alpha nous fera l’honneur de sa présence. Nous sommes prévenu de garder nos distances, mais bon, qu’est-ce que Séb. ne ferait pas pour une bonne photo… Le guide demande également aux hommes de ne jamais se placer entre le mâle et une femelle car celui-ci pourrait se sentir confronté. Je crois que les petits yeux du macaque l’air de dire « Don’t mess with me! » sont suffisants pour dissuader mon compagnon de faire le test de toutes façons.

Photo: Sébastien Harbec
Photo: Sébastien Harbec

Sur le chemin du retour, quelques femelles avec leurs bébés se trouvent sur le quai et j’ai la chance de les observer de plus près pendant que d’autres guides indonésiens invitent allègrement leurs clients à venir barboter avec eux devant un panneau de mise en garde contre les crocodiles à l’endroit même où un touriste londonien s’est fait déchiqueter par l’un d’eux quelques années auparavant. Ces guides la ont dû rater la partie « sécurité » de leur formation, si formation il y a eu… La journée se termine avec une visite aux particuliers singes proboscis, facilement identifiable à leur nez en forme de patate et qu’on ne retrouve que sur l’île de Bornéo.

Photo: Sébastien Harbec

Une odyssée dans les profondeurs de la jungle bornéenne n’en serait pas totalement une sans une bonne maladie tropicale, j’imagine… Ce matin lors de la visite au dernier camp je suis si faible que je dois m’asseoir par terre pour éviter de perdre connaissance. Heureusement que mon si prévoyant guide a des remèdes miracles pour me guérir ! Et par « miracle » je veux dire, que s’en serait vraiment un s’ils me guérissaient. Accotée contre un tronc d’arbre, on me fait « sniffer » une bouteille d’eau de colonne virile et avaler de la vitamine D. La cuisinière m’offre même des massages.

Heureusement le malaise ne dure que quelques heures et je suis remise juste à temps pour profiter du retour en bateau sur la rivière tortueuse, sous une douce et chaude pluie tropicale, un dernier thé fumant à la main.

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