Bonjour Bornéo

Bornéo, paradis des écologistes. Son nom évoque des forêts d’arbres immenses s’amplifiant et s’élevant dans l’azur à l’infinie pour atteindre la lumière du soleil. Il évoque la flore luxuriante, les lianes et plantes grimpantes, les centaines d’espèces végétales encore insoupçonnées qui germent dans les profondeurs d’une dense jungle vierge et sauvage. Bornéo, terre mère des célèbres orangs-outangs, terre par excellence des insectes exotiques, des longues et fines rivières serpentantes aux couleurs terreuses et des oiseaux rares, est un peu cela et beaucoup autre chose à la fois.

Le désenchantement se manifeste au creux du ventre dès les premières minutes d’un vol périlleux à bord d’un petit avion trop sensible au vent qui se retrouve sur toutes les listes noires aériennes de l’union européenne pour son « non-respect des normes internationales applicables en matière de sécurité »: Par le petit hublot se révèle à perte de vue des rangées bien alignées de plantation de palmiers destinées au commerce de l’huile de palme. L’ampleur de la déforestation est atterrante et j’ai peine à croire qu’on puisse autant malmener ce trésor de notre patrimoine naturel qu’est l’île de Bornéo.

Le sentiment d’impuissance est amplifié par la prise de conscience de ma dépendance au petit tas de ferraille volant dans lequel je me suis introduite un peu plus tôt sans qu’à aucun moment du processus aéroportuaire on ne demande à voir mon passeport… Je dois toutefois remercier le personnel pour le petit clin d’œil humoristique afin de détendre l’atmosphère: des livrets de prières ont été déposés dans les pochettes de chaque siège. Quelques musulmans près de moi récitent leurs prières afin de s’assurer un vol sans histoires. Tout compte fait, peut-être est-ce moi qui vois de l’humour là où il n’y en a pas…

Accrochée au siège 10A côté hublot, je dois admettre que les histoires d’horreurs entendues à propos des massacres sanglants et conflits tribaux qui ont eu lieux à quelques heures de route à peine de l’endroit où je demeurerai flottent toujours quelque part dans ma tête, refoulées au fond de mon imaginaire trop visuel… Nouveau regard vers l’extérieur pour chasser les inquiétudes.

 Banjarmasin, la capitale de l’état du Kalimantan (Bornéo compte trois provinces dont Kalimantan est la plus grande, appartenant à Indonésie. Les états du Sabbah et du Sarawak sont tous deux en territoire malais et finalement, 1% de l’île est occupé par le Brunéi, au nord) ne contribue pas à redorer ma première impression de l’île. À peine sortie de l’aéroport, une horde de chauffeurs de taxi m’attendent avec la ferme intention d’ajouter quelques rupiahs de plus à leur paye journalière. J’adopte ma tactique habituelle dans ce genre de situation, c’est-à-dire, marcher en ligne droite d’un pas assuré, le regard fixé sur la ligne d’horizon, ayant l’air de savoir exactement où je vais et faisant hypocritement semblant de ne pas voir ni entendre les chauffeurs qui m’interpellent. Sauf que cette fois-ci je ne les sèmerai pas aussi facilement.

Ils contre-attaquent avec autant de ruse. Et les indonésiens ne manquent pas de ressources pour attirer votre attention, voilà une première constatation. Ils affectionnent tout particulièrement la méthode du claquement de main (taper dans leurs mains à un ou deux mètres de vous jusqu’à ce vous réagissiez), mais rien n’égal leur fameux « miss-miss! » ou « mister-mister! » (souvent sans égards à votre sexe) qu’ils vous crieront a tout les coins de rue avec insistance et sans relâche jusqu’à ce que vous vous retourniez pour apercevoir vos interlocuteurs crampés parce que vous vous êtes effectivement retourné. Un sens de l’humour sans pareil.

Je coupe cours à ce petit jeu en les gratifiants de mon plus beau sourire tout en leur demandant toute en exclamation s’ils aiment la poutine. Incertain de si je viens de les insulter en français, ils battent en retraite, l’air suspicieux et quelque peu vexé. Voilà qui débute bien des vacances à Bornéo.

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