Backpacker

Photo: Sébastien Harbec

Entendons-nous bien; un backpack ne fait pas de vous un backpacker.

Le backpacking est bien plus qu’une façon de voyager et ne se résume pas à troquer la valise pour le sac-à-dos et l’hôtel pour l’hostel. Il s’agit d’un mode de vie, d’une façon de penser, d’une philosophie. Les adeptes du backpacking forment une grande famille, ils ont une identité commune qui les relie tous et les unie au-delà de leur origine.

J’ai le souvenir du discours d’un espagnol assis derrière moi dans un autobus qui nous menait vers le canal de Panama, dans le pays du même nom. Il répondait à deux vieilles femmes qui avaient interrompue leurs chants de vieux airs panaméens pour lui demander ce qu’il venait bien faire dans ce pays, seul avec son sac. Sa réponse avait été exactement la même que celle que j’aurais donnée, si la question m’avait été posée à moi. Malgré les milliers de kilomètres et différentes expériences de vie qui me séparaient de cet homme, nous avions un même idéal et une même quête que je n’aurais pas su faire entendre à n’importe quel autre membre de mon entourage resté au Québec. Les vieilles femmes, satisfaites de la réponse, lui avaient alors répondue de se souvenir pour toujours de l’air de ce vieux chant qu’elles entamaient, en souvenir de cette rencontre et de son passage au Panama, et sans le savoir, c’était probablement le plus beau cadeau qu’elles auraient pu lui faire ce jour-là. C’est de moments comme celui-là dont nous partons à la recherche, trésors enfouis dans le monde que l’on ne découvre qu’à l’aveuglette, en ne suivant pour seul chemin que celui de notre intuition.

Au cours des dernières années malheureusement, le concept a quelque peu été dénaturé par la panoplie de nouveaux gadgets électroniques et équipement de voyage haut-de-gamme apparu sur le marché. Le backpacker qui se laissait d’abord guider par son désir d’aller à la rencontre d’autres peuples, de nouvelles cultures et par le fait même, de lui-même, se voit maintenant remplacé peu à peu par des « flashpackers » chez qui le désir de rester connecté à la famille et leur « chez soi » est plus fort que celui de s’en détacher. Les sacs se remplissent maintenant d’ordinateurs portables, de tablettes et de caméras dispendieuses. On voit apparaître sur les routes des voyageurs vêtus de vêtements sports adaptés à toutes les situations possibles, trimbalant des sacs aux couleurs voyantes neufs à la dernière mode et de l’équipement ayant une valeur au moins égale au prix aller-retour déboursé pour leur billet d’avion. Ce n’est pas que je sois contre le confort ou le progrès, ni que je prônes à tout prix une version romantique et figée dans le temps du backpacking où les seules communications possibles avec la famille résidaient dans l’envoi d’une lettre qui arrivait, (ou n’arrivait pas) trois mois plus tard, mais je suis d’avis qu’à force d’avoir tout sous la main, on empêche l’imprévu de venir égayer les journées. L’imprévu et la nouveauté doivent pourtant être au cœur de chaque moment passé à voyager. Pourquoi vouloir s’y préparer et tout anticiper pour l’éviter s’il s’agit là de toute la beauté du voyage et des souvenirs qui en découle ? Il y a quelques principes de base ici qui se sont perdus entre les vieux hippies sur la route des Indes et les jeunes voyageurs festifs des plages de l’Asie du Sud-Est…

Tout d’abord, il faut accepter d’avoir à sortir de sa zone de confort. En fait, un backpacker dans l’âme recherche les situations qui lui permettent de sortir de sa zone de confort ! Il veux se déconstruire et se reconstruire à répétition. Pourquoi vouloir traîner dans son sac tout le luxe et le confort de la maison ? Autant s’acheter une valise à roulettes et séjourner dans un tout inclus ! Voilà qui ne s’inscrit pas dans l’esprit du backpacking. Le backpacker privilégie la simplicité et il voyage léger. Il ne conserve que le nécessaire pour supprimer toute la dépendance que crée les possessions, façon de frôler de plus près la liberté au sens où il l’entend. Dans le même ordre d’idées, il n’a pas d’objectifs précis ni d’attentes, car il sait que de toutes façons la route sera emplie de surprises et de merveilles pour lui. Il prend la vie comme elle se présente et ne connait ainsi pas la déception du touriste qui a fantasmé sur les photos retouchées de sa brochure de voyage durant des mois.

Alors que ce type de voyage a pour majeur avantage de favoriser les relations humaines, certains s’encombrent d’un ordinateur. Ce genre de voyageur est souvent le même qui se promène dans l’hostel, une pointe de panique dans les yeux, à la recherche des siens et de ses repères culturels, pour pouvoir parler dans sa langue maternelle au lieu de privilégier les rencontres et de profiter des échanges que la promiscuité des dortoirs oblige. Il est si tentant de tomber dans la facilité et de passer ses soirées réfugié sur Facebook à parler à ses amis et à publier égocentriquement des photos de soi-même devant un monument prétendant avoir tout le plaisir du monde, plutôt que de vivre le voyage. Un voyage en sac-à-dos est l’occasion idéale de se sevrer des réseaux sociaux et des technologies envahissantes du quotidien. C’est l’occasion de renouer avec la nature, avec nous-même, avec la contemplation, avec les moments de silence et de réflexion et parfois aussi avec les quelques minutes d’ennuis, c’est vrai, d’une soirée en dortoir sans wifi. Mais quelques minutes ô combien plus vraies, écoulées dans le concret et le tangible, avec notre jugement et notre individualité réactivée plutôt que quelques minutes écoulées à absorber béatement des banalités sur un écran. Ces quelques minutes ne valent-elles pas cent fois celles passées sur Facebook à temps perdu ?

De plus, pour beaucoup, ce voyage à plus ou moins long terme est entrepris comme un moyen d’apprentissage moins conventionnel, comme une façon de s’auto-éduquer et d’apprendre ce que l’on ne nous a pas appris sur les bancs d’école. Voilà une caractéristique assez courante du backpacker que plusieurs party animals de Khao San Road ne possèdent pas. Le désir d’éducation et d’ouverture, plutôt noble, n’a rien à voir avec les beuveries répétées de ces individus précédemment cités qui s’attribuent fièrement le titre de backpacker, désolé. Redorons l’image du voyageur !

Ensuite, tout backpacker qui se respecte garde en tête le mot d’ordre du backpacking soit, «authenticité». Les itinéraires touristiques classiques et préconçus sont ici rejetés en bloc au profit d’expériences uniques exemptes de clichés et de l’influence du tourisme de masse. Oubliez tout ce que vous avez pu lire ou entendre sur votre destination auparavant. Oubliez vos guides de voyage et faites votre propre route, faites vous votre propre idée de l’endroit dont vous vous imprégnez. Si votre guide de voyage vous suggère un endroit déjà bien documenté, c’est probablement que des centaines, voir des milliers de voyageurs sont déjà passés par là avant vous ! Il ne faut pas nécessairement les fuir à tout prix, ils ont forcément plusieurs attraits intéressants, mais il ne faut surtout pas s’y limiter.

Je parles ici aussi de votre propre authenticité. Il peux être intimidant pour un local de venir vous aborder si vous portez des vêtements de marque qu’il ne pourrait pas s’offrir même avec un mois de salaire. Vous pourriez aussi projeter une image de vous pas très flatteuse ou qui alimenterait les préjugés que certains locaux ont déjà envers les étrangers. Le backpacker reste sobre dans ses choix matériels pour que ses nouvelles interactions s’amorcent de façon neutre et ne provoques aucun sentiment négatif chez son interlocuteur avant même qu’il ne connaisse son prénom. Même involontairement, marcher dans un village avec un réflex dernière génération pendu au cou peux véhiculer l’image du gringo plein aux as qui ne remarquera même pas que 50$ ont disparus de son portefeuille alors que l’on sait tous, que c’est loin d’être le cas. En fait, nous sommes la plus part du temps assez cassé.

Un backpack ne fait pas de vous un backpacker. Mais, la bonne nouvelle est qu’il n’y a pas non plus besoin de s’appeler « Alexander Supertramp », de brûler toutes ses économies et mourir héroïquement intoxiqué par des champignons sauvages pour en être un.

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